Pour le OUI de gauche

Des arguments précis pour comprendre et défendre ce traité constitutionnel soumis au vote des français le 29 mai 2005.

25 mai 2005

La réalité est la première étape de notre idéal

    

La réalité est la première étape de notre idéal

Si nous voulons attendre notre idéal européen,

nous devons passer par la réalité de ce traité.

Pour un OUI de gauche et de combat

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Le Traité constitutionnel a été signé par les Chefs d’Etat et de gouvernement le 29 octobre 2004 à Rome. Il doit encore être ratifié par les 25 Etats membres par procédure parlementaire ou par référendum d’ici la fin de l’année 2006.

La France a décidé de ratifier ce traité par référendum.

Il faut préciser ici que le Traité n’entrera en vigueur que s’il est ratifié par tous les Etats membres. Dans le cas contraire, le traité de Nice, actuellement en vigueur, demeurera.

Jusqu’à présent, tous les partis progressistes européens ( Espagne, Belgique…) ainsi que la Confédération européenne des syndicats dans leur grande majorité se sont déclarés favorables à ce TCE.

Pourquoi un « oui » de gauche ?

§ Les socialistes ont toujours été à la pointe de la construction européenne

D’abord parce que l’intégration européenne représente une garantie pour la paix et la stabilité démocratique. Tel était le souhait des pères fondateurs de l’Union européenne. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, ils ont créé les bases d’une coopération pacifique qui a permis aux Etats de s’unir plutôt que de se diviser.

Ensuite parce que l’intégration européenne a permis de grands progrès pour les citoyens européens. Avec l’établissement successif de la CECA, de la CEE et puis de l’UE, le niveau et la qualité de vie en Europe se se sont améliorés.

«L’Union européenne constitue, dans le monde, le modèle d’une société humaine qui allie une certaine prospérité économique et une importante protection sociale

De la construction économique, l’Europe doit franchir le cap de l’Europe politique et sociale.

§ Face à la mondialisation nous avons besoin d’une Europe forte

Face à la mondialisation économique, il faut rechercher les moyens de faire prévaloir d’autres règles de « gouvernance européenne » et internationale que les seules lois du marché ou la maximisation du profit de quelques uns ne peuvent apporter. Nous devons rechercher tous les moyens de faire prévaloir les intérêts de tous les citoyens européens face à cette mondialisation marchande.

« C’est par une régulation de la mondialisation au niveau international que sera rencontrée notre exigence de cohésion sociale et de respect de l’environnement.». «De son évolution dépend une grande partie de notre destin.»

§ L’ Europe une alternative à l’unilatéralisme

Nous devons regarder les réalités en face. Il n’existe pas d’alternative crédible à l’Union européenne pour les Européens. Il n’y a pas d’alternative si nous voulons avoir quelques chances de préserver notre idéal de société solidaire et si nous voulons continuer à offrir au monde une alternative au modèle américain avec ce qu’il produit comme injustices et comme inégalités.

« l’Union européenne s'est construite sur la conviction qu’une complémentarité entre prospérité économique et progrès social était nécessaire pour améliorer la vie de tous les Européens et éloigner les Etats de tentations belliqueuses. »

Quoique très insuffisant, le rôle régulateur de l'Union européenne est réel. Des directives européennes favorisent l'égalité entre les femmes et les hommes en matière d'accès à l'emploi, de salaires et de pensions. Dans le domaine environnemental aussi, la régulation européenne est particulièrement importante, tout comme dans les domaines de la protection des consommateurs, de la santé publique, de la sécurité alimentaire ou du bien-être animal.

De plus, la politique européenne a toujours consisté en un équilibre entre une exigence de compétitivité économique et une volonté de progrès social. Ainsi sur le plan social, il n'est pas exagéré de dire que l'Europe a une politique très interventionniste et de soutien aux régions et aux Etats les plus défavorisées. Cela se traduit par la politique de cohésion et d’intégration sociale qui mobilise à peu près 35% du budget de l’Union européenne. Cette politique vise ainsi à réduire les inégalités et les écarts de prospérité existants entre certaines régions au sein de l'Union.

A l’heure de la mondialisation de la société marchande, suivi de toutes ses imperfections, il n’y a pas d’alternative plus crédible de gouvernance internationale que l’Union européenne avec son expérience d’une « souveraineté partagée » et les modes de régulation qu’elle a mis en œuvre et que le TCE développe..

§ L’Europe en marche

Les travaux de la Convention qui ont rassemblé les 15 Etats Membres de l’époque et les 10 futurs Etats membres puis ceux de la Conférence intergouvernementale (CIG) ont montré qu’on ne pouvait obtenir mieux pour le moment.

IL faut le rappeler les forces de gauche ne sont pas majoritaires dans les 25 pays européens (7/25). Elles ne le sont pas non plus à l’échelon mondial.

Si le « non » au Traité constitutionnel devait l’emporter et si la CIG devait à nouveau décider, il est fort probable qu’on aboutirait à un nouveau projet bien moins social ou politique que le projet actuel. Nous ne pouvons croire en un « grand soir » européen.

Nous ne pouvons accepter qu’une CIG, modèle de l’intergouvernemental, élabore un autre projet de constitution. Si le NON l’emportait, il faudrait à nouveau convoquer une convention.

Il est manifeste qu’aujourd’hui, les réformistes de gauche, ne peuvent imposer la construction européenne dont ils rêvent, comme nous ne pouvons pas imposer la mondialisation dont nous rêvons.

A cet égard, comme dans tous nos combats, si nous voulons aller à l’idéal, nous devons passer par la réalité.

«Notre responsabilité, si nous voulons améliorer la vie des gens, c’est de rechercher toujours le chemin difficile, étroit, semé d’embûches, qui nous permet de continuer à avancer de quelques pas ou parfois simplement de ne pas reculer.»

§ Le TCE constitue un réel progrès par rapport à la situation actuelle (celle qui existe après le traité de Nice)

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§ Le traité n’est pas parfait ne nous en cachons pas.

Le Traité constitutionnel déçoit les réformistes de gauche sur un certain nombre de points il faut l’admettre pour nous différencier d’une vision troquée du TCE. Il déçoit parce que nous devons constater un statu quo sur un certain nombre de domaines où nous aurions espéré des avancées, notamment au vu du premier projet de TCE issu des travaux de la Convention européenne. Par contre, on ne peut pas parler de reculs par rapport aux Traités en vigueur, et notamment par rapport au Traité de Nice.

Parmi nos quelques déceptions, nous pouvons constater les éléments suivants :

  • Les décisions en      matière fiscale se prendront toujours à l’unanimité au sein du conseil      européen. Dans les matières qui échappent à l’unanimité, aucun pays ne      dispose en effet d’un droit de veto qui empêcherait la construction      européenne d’avancer. Enfin, précisons qu'il est préférable dans certains domaines comme le social, la      culture ou la politique étrangère,      où nous sommes particulièrement exigeants et minoritaires, d'en rester      aujourd'hui au vote à l'unanimité.

  • Les deux modes de      révision prévus dans le Traité constitutionnel sont lourds mais reprennent      le mode traditionnelle de révision d’un traité international Même si est      introduit une possibilité de révision simplifiée qui est novatrice et      souple.

  • L’utilisation des      coopérations renforcées en matière de défense et de politique étrangère,      qui doivent permettre à un certain nombre de pays de l’Union d’avancer      plus vite que les autres dans la construction européenne, est une bonne      chose. Cependant, l’unanimité des Etats Membres est requise pour leur mise      en œuvre. D’une manière générale, il est dommage que les procédures      d’application des coopérations renforcées demeurent compliquées.

  • Des éléments      d’autonomisation de la zone EURO laissent envisager à terme la création      d’un gouvernement économique de l’Eurogroupe. Mais ces éléments sont, pour      l’heure, clairement insuffisants pour organiser une gouvernance crédible.

§ Les avancées du Traité constitutionnel entraînant nécessairement un OUI de Gauche

Parmi les points positifs du TCE, nous devons relever les points suivants :

§ Toute société démocratique repose sur des valeurs communes et sur le respect des droits fondamentaux. Ces valeurs et ces droits sont pleinement pris en compte dans le Traité constitutionnel. Il rappelle les valeurs de l’Union: le respect de la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’Etat de droit et le respect des droits de l’Homme. L’intégration de la Charte des Droits fondamentaux dans la partie II du Traité permettra en outre à la Cour de Justice de vérifier si les actions de l’UE sont conformes aux principes de la Charte. "Les hommes sont libres et égaux…" C'est ce que souhaite la déclaration des droits de l'homme. Pour autant inégalités et autres injustices n'ont pas disparu du monde. Mais le fait d'avoir affirmé cela un jour nous permet de considérer la liberté comme un droit fondamental. Et cette déclaration pousse à agir chaque jour contre ces inégalités : c'est un objectif vers lequel nous tendons quotidiennement. Pour la constitution c'est pareil : elle ne résout pas les problèmes du quotidien mais donne les moyens et l'énergie de s’opposer au chômage, à l'injustice sociale, à la dissolution des pouvoirs publics… Parce que le fait de le dire un jour comme étant un droit fondamental donne légitimité à tous ceux qui se battent pour cela. Sans texte, pas de référence, pas de légitimité, pas de droit.

  • Une clause      sociale générale a été introduite dans le Traité constitutionnel. Cette      clause, qui ne figurait pas dans le projet de la Convention rappelons le,      stipule que l’Union doit dans la définition et la mise en œuvre de      l’ensemble de ses politiques prendre      en compte les exigences liées à la promotion d’un niveau d’emploi élevé, à      la garantie d’une protection sociale adéquate, à la lutte contre      l’exclusion sociale ainsi qu’à un niveau élevé d’éducation, de formation      et de protection de la santé humaine. Le droit de grève est également      reconnu (article II 88).

§ L'égalité entre les êtres humains et la défense des minorités figurent parmi les valeurs de l'Union européenne, telles que le préambule du TCE les précise. L'intégration de cette Charte a de nombreuses conséquences : la discrimination fondée sur le sexe ou l'orientation sexuelle est interdite ; le respect de la vie privée et familiale est garanti, de même que le droit de se marier et de fonder une famille.

  • Le Parlement voit ses compétences élargies (politique agricole commune, coopération      judiciaire et pénale, politique commerciale commune) et son rôle renforcé. La procédure de la codécision par      laquelle le Parlement est placé sur un même pied que le Conseil devient la      procédure législative ordinaire. L’organe élu par les citoyens européens      acquiert un plus grand poids dans le processus de décision.

  • La démocratie participative devient un élément      fondateur du fonctionnement      de l’Union (dialogue avec la société civile, droit d’initiative qui      permettra à un million de citoyens européens d’inviter la Commission à      soumettre une proposition législative, droit de pétition) tout comme le      dialogue social avec les syndicats.

  • Le Traité constitutionnel      étend de manière significative le      champ d’application de la majorité qualifiée qui régira 54 nouveaux      domaines dont:l’immigration; l’asile; le contrôle aux frontières      extérieures; la coopération policière (pouvoirs d’Europol); la coopération      judiciaire pénale; la propriété intellectuelle; la culture; la protection      civile; la sécurité sociale des travailleurs migrants…

  • Le Traité constitutionnel prévoit la création      d’un poste de Ministre des Affaires Etrangères de l’Union qui sera Vice-Président de la Commission      européenne. Ce Ministre cumulera les fonctions actuellement exercées par      le Haut Représentant de l’Union pour la politique étrangère et par le      Commissaire responsable pour les relations extérieures. Ce double mandat      permettra de donner davantage de cohérence et de visibilité à l’action      extérieure de l’Union.

  • Le Traité      constitutionnel étend de manière décisive les possibilités de mise en      œuvre d’une politique européenne de      défense. Elle permet à ceux qui le souhaitent et qui répondent à certains      critères, d’aller plus loin dans l’intégration sous la forme « d’une      coopération structurée permanente. »

  • Une clause      générale de solidarité est prévue pour prévenir et lutter contre le      terrorisme et les catastrophes naturelles ou d’origine humaine. Le Traité constitutionnel innove en      introduisant une obligation d’assistance, en cas d’agression armée, à tous      les Etats membres.

  • Le Traité      constitutionnel consacre l’objectif ambitieux de développer un espace de      liberté, de sécurité et de justice. L’UE poursuivra ses efforts en vue de      la reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires. Elle pourra établir      des règles minimales d’harmonisation du droit pénal matériel et du droit      de la procédure pénale. Il faut ici saluer un premier pas vers la lutte contre      la double peine.

· Le Traité constitutionnel n’est qu’une étape pour les socialistes.

Il n'est pas la fin de l'Histoire européenne. Mais bien un pas de plus vers l’idéal socialiste européen que nous défendons et que nous continuerons à défendre.

§ Soyons réaliste un texte pas parfait mais il va dans le bon sens

Le Traité constitutionnel est loin d’être parfait. Cependant, une fois tous les éléments mis dans la balance, nous pouvons estimer que ce Traité mérite d’être défendu.

Nous devons dire oui à ce Traité constitutionnel pour ne pas dire non à la poursuite de la construction européenne et aux avancées démocratiques, sociales et politiques.

Ce « oui » doit être un oui de gauche et de combat. Face à un OUI de droite qui voit dans ce traité un aboutissement nous devons imposer une OUI de gauche qui voit dans ce traité une étape essentielle pour l’Europe que nous défendons.

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"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho. . . ." (Jean Jaurès)

 

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